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Madagascar, Chroniques du Capricorne
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Dans ce magnifique carnet de voyage sur Madagascar, Merlin, auteur et illustrateur du livre éponyme, nous donne à voir des images insolites du pays Vezo, dans le sud ouest de l’île. Mélanges d’esquisses, de crayonnés et de dessins aux couleurs brutes, naturelles, en nuances d’ocres bruns, jaune, rouge, bleus et verts, les pages de ce carnet, réalisées sur un fond couleur papier kraft, d’où dépassent parfois des bouts de scotch, donnent un sentiment de proximité avec la terre, avec la nature rude du pays Vezo. Le carnettiste a su, grâce à la douceur de ses aplats, l’unité mate de ses couleurs, rendre compte du charme désuet, de la certaine nonchalance de cette région malgache autour de Morombe. Une attention toute particulière à l’univers de la pêche laisse transparaître l’admiration que l’auteur a pour ce peuple : «Epris de liberté, les vezos se sont, de tout temps, affranchis de tout asservissement. Préférant la fuite sur leurs pirogues, le nomadisme d’île en île sur l’arc corallien. Le plus important du monde après la grande barrière de corail australienne. Ce mode de vie a conditionné son comportement, sa mentalité, son vocabulaire». Le texte, toujours parfaitement mêlé au dessin, est ici illustré par de très belles marines dans les tons verts, bleus, gris où se profilent les courbes harmonieuses des pirogues vezo à voile blanche et à balancier unique, agrémentées de plans détaillés de l’armature, suivies d’explications sur le gréement du bateau.
Merlin s’intéresse également aux gens, et notamment aux corps, en leur donnant une présence, une force de suggestion, illustrant son talent à raconter des histoires à travers pinceaux et crayons : on se confrontera aux traits taillés à la serpe des visages d’une famille franco-malgache déchirée, on admirera les courbes des dos tout en muscles des pêcheurs vezo avant de découvrir la sensualité du corps d’une femme habituée à se dénuder pour gagner sa vie… Les visions décalées de ce pays, loin des images d’Epinal, laissent aussi parfois transparaître quelques images plus triviales de la région comme la représentation de ce petit village idyllique de bord de mer, au petit matin, avec ses pirogues échouées sur la grève côtoyant… les crottes laissés par les villageois pendant la nuit ! La langue de l’auteur, efficace, volubile, agréable, se laisse parfois tenter par quelques notes argotiques, sans que cela soit forcément nécessaire… Mais on pardonnera cette indélicatesse, au regard de l’humour tendre et pince sans rire qui traverse le texte. S’attachant aux petits détails de la vie malgache, auquel l’étranger qu’il est se voit confronté, il accorde une page à sa rencontre avec… le ragoût de tortue « Ca c’est le plus étrange. On dirait de la gelée à la menthe, pour la matière. C’est mou, c’est gras, au goût indéterminé. Les vezos adorent ça, évidemment. » ou encore avec les petits lézards de l’île : « Quand ils attrapent un insecte de grosse taille, les geckos hochent violemment la tête pour étourdir avant de les déglutir. » En un mot pour tous les adeptes des carnets de voyage : un très bel ouvrage, à lire et admirer sans modération !
Emmanuelle Genoud
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